Naissance du bourg de Neuville.
Neuville est un toponyme très répandu désignant une ville nouvelle, dérivé du latin “nova villa”, qui signifie “nouvelle ferme” ou "nouvelle propriété".
Le cartulaire de Tulle recense, en 931, une chapelle à Nova Villa, remplacée par une église avant 1115 puis par l’église actuelle au XVe siècle.
Cette première chapelle et le château de Neuville, situé à 100 mètres de l'église actuelle, ont certainement un lien intime et profond.
Représentation du château de Neuville sur la cadastre napoléonien de 1830
@ Archives départementales de la Corrèze.
La voie d’accès à l’enclos castral se fait par le plateau. Elle est bordée de part et d’autre d’une allée de châtaigniers, mentionnait encore dans un inventaire de 1646 et encore nettement visible sur une photo aérienne de 1950 (ci-dessous). Les habitants, nés au XXe siècle, les qualifient de « charabognes » ce qui impliquera leur disparition.
Si « le bourg » est sans l’ombre d’un doute né de son château et de son église, la photo aérienne et le cadastre napoléonien de 1830 montrent très clairement qu’il est légèrement excentré par rapport à l’un et l’autre. Cette implantation s’explique tout simplement par le fait que l’enclos castral est entouré par des terres propices à l’agriculture, formant son domaine agricole. Celui-ci peut en partie s’apprécier par ses deux immenses granges qui subsistent encore.
De part et d’autre de l’allée et du chemin qui la prolonge - et dont il ne reste qu’un début de chemin creux – les champs peuvent s’étendre sur ce plateau sans contrainte physique, les rendant facile à cultiver.
Ainsi la matrice castrale napoléonienne indique en tout et pour tout 6 maisons qui s'articulent autour du presbytère et constituent ensemble le bourg de Neuville en 1830. Les autres maisons forment les villages d’Auriat, la Bouyge, pour les plus proches ; puis de la Valette, du Mons et de la Gendrie, pour les plus éloignés.
De ces sept logis composant les habitations du bourg, deux seulement, de façon certaine, sont encore existants aujourd'hui dans la même forme, tous les autres ont été soit reconstruits, soit détruits au cours du XXe siècle.
De tout temps, le bourg de Neuville s’est constitué et développé par ses villages.


Bourg de Neuville & ses villages en 1830 et en 2026.
Histoire du château : (en cours de constitution, simple ébauche)
Sa construction remonte au Haut Moyen-Age. Mais il est vraisemblable que même avant cette époque, des bastions de défense efficace la précédèrent : la situation, au centre d'un horizon visible jusqu'à près de 100 kilomètres à la ronde, y invitait.
Le repaire primitif était vraisemblablement constitué d’un donjon carré flanqué d’une tour d’angle. Partiellement incendié par les protestants de l’armée de Coligny en 1569, ce château fut ensuite relevé de ses ruines. Il semble toutefois avoir perdu, à cette occasion, la moitié de sa hauteur.
La tour qui subsistait encore au début du XXe siècle devait correspondre à cette tour d’angle primitive. On y distinguait en effet les entrées de quatre portes superposées desservant le corps de logis situé à droite, alors que l’inventaire de 1678 ne mentionne plus que deux étages au-dessus du rez-de-chaussée.
Dès 1584, ce second repaire est de nouveau habité. Il ne bénéficia cependant pas des influences de la Renaissance et semble avoir perdu à l’occasion deux niveaux (comme évoqué ci-dessus), bien que sa superficie, dépendances et abords compris, s’étendît sur plus d’un hectare.
Description de l'enclos au milieu du XVIIe siècle :
Au nord, à l’est et au sud, les terrasses étaient défendues par un mur de soutènement haut de quatre à cinq mètres au moins. À l’ouest, une large entaille formait un fossé isolant les terrasses, les communs et le repaire, protégés par une première enceinte. Une seconde enceinte, accompagnée d’une « douve remplie d’eau à l’entretien des manants », complétait encore, en 1614, le système défensif de l’enclos castral.
En 1614, une « superbe allée plantée d’énormes châtaigniers » menait au château de Neuville, alors décrit comme une « maison faite en pavillon à deux corps de logis », comprenant « grande cave au-dessous » et « basse fosse à prisonniers méritant la mort ». L’ensemble comptait alors sept salles ainsi qu’une cuisine.
Le château présentait alors la forme d’un quadrilatère presque carré de 19 mètres sur 17 mètres hors œuvre, avec une tour sur sa façade orientale. Les murs étaient surmontés de « créneaux en pierre de taille fine, tout autour ». La tour d’escalier, percée çà et là de petites ouvertures carrées, était surmontée, à droite, d’un tourillon reposant sur une base en poivrière servant de tour de guet.
L’accès à cette tour d’escalier se faisait par une porte de dimensions modestes, surmontée des armoiries des Vigier-Neuville. Elle desservait les étages de part et d’autre par des portes pénétrant les corps de logis en biais. Chaque niveau développait une surface d’environ 94 m², les pièces s’y succédant en enfilade.
En 1678, au rez-de-chaussée, en entrant à droite, on pénètre dans une cuisine meublée de deux tables, une ronde en noyer, une seconde en chêne, un banc et quatre chaises garnies de ras rouge de pays, un buffet à quatre battants, un vaisselier, un coffre-banc, un lit sur lequel est posé un « écritoire de bois garni de sa boîte et ses plumes et un canif de Toulouse ». Parmi les ustensiles qui garnissent cette cuisine, on dénombre deux lampes à faire brûler l’huile de noix, un mortier à piler en marbre, trois fusils, 24 assiettes, six écuelles, quatre assiettes creuses et cinq plats en étain, une aiguière et une écuelle en argent, un sceau cerclé de fer et son godet.
A la suite, on pénètre dans le garde-manger puis de là dans la salle principale. Cette dernière est pourvue d’une cheminée. Une petite table carrée, deux grands bancs et 12 fauteuils tous garnis de tapisserie de Turquie ainsi que six chaises et un petit lit de repos garnis de tapisserie de Bergasme de couleur vert et rouge y sont disposés. A l’entrée de la pièce, une armoire enchâssée dans l’épaisseur du mur renferme les chandelles. La pièce est agrémentée d’une « pièce de tapisserie de haute lice faite en feuillage vert et rouge et autres petites couleurs de tapisserie de Turquie ».
A la suite de cette salle, on pénètre dans une chambre dite « la chambre rouge » en raison du ras rouge du pays frangée de soie grise qui habille le lit, les deux fauteuils et le tabouret qui l’agrémentent. En outre, son mobilier se compose de deux bancs coffres fermant à clef. Le premier renferme les « habits du Seigneur et de messieurs ses enfants », le second « les nippes, linge et habits des demoiselles ses filles ».
Dans une seconde chambre, mitoyenne à la chambre rouge, un drap de ras de pays « fort beau » couleur « feuille morte frangée d’une soie de même couleur » habillent le lit et les huit petits chaises ainsi que la petite table carrée qui la garnissent. Une garde-robe (ou armoire) fermant à clef complète le mobilier. Le maître des lieux : monsieur le Président du Présidial de Brive y place trois paires de pistolets. La pièce est ornée de « huit bandes de tapisserie de haute lice de Bergasme, faites à l’ancienne mode, de couleur aurore ». On peut supposer que cette chambre est peut-être celle de François Dumas, seigneur de Neuville, en son vivant Conseiller du Roi, président au siège présidial de la ville de Brive, qui vient de décéder. Dans un petit cabinet adjacent et fermant à clef est conservé une cassette de sel, des verres en cristal ainsi que des bouteilles de verre de Languedoc.
Au premier étage, on compte trois autres chambres. La première comporte un petit oratoire. Le premier lit de la seconde chambre, dénommée « la belle chambre » est garni de rideaux d’un « beau drap d’Espagne fait en ouvrage en façon de tulipes de couleur verte avec frange de soie grise ». Les rideaux du second lit sont de « tafetas garni de franges de même couleur », quatre chaises et un fauteuil garnis de tapisserie de Bergasme de couleur verte, rouge et blanche complètent l’ensemble. Ces huit couchages, répartis entre le rez-de-chaussée et le premier étage, sont complétés par quatre couchages réservés aux domestiques dont le laquais, au dernier étage du logis. A ce dernier étage, le grenier renferme une barrique pleine de noix, un pot en cuivre avec couvercle, l’huile de noix. On y entrepose aussi en ce mois de juin 1648, 200 setiers de blé ou avoine provenant des domaines du château ou de ses rentes.
La cave du château, au bas de l’escalier à gauche compte six barriques de vin de Chadiot.
Les communs du château se composent d’une écurie, d’un fournil, un séchoir, deux étables, la plus grande abritant deux paires de bœufs et quatre vaches suitées de leurs veaux, la seconde, 59 têtes de montons, 30 agneaux et 20 brebis. La grange du domaine est garnie de deux charrettes et deux jougs, 40 charretées de paille et 600 gerbes, 20 charretées de foin. Enfin, une petite maison est laissée à l’usage de Blaise Chaumeil et de sa famille en qualité de fermier du Domaine de Neuville.
Six paires de bœufs sont confiées, selon bail à cheptel, à différents paysans des alentours, ainsi qu’une vache et son veau.
Dans la basse-cour du château, non loin de la tour d’escalier et de son entrée se dresse un puits muni d’une margelle et d’un toit.
Enfin, quarante mètres au sud du château subsistait encore, au début du XXe siècle, l’ouverture d’un souterrain.
Propriétaires :
Un Géraud de Luc, vers 1422, alias Vigier, seigneur de Neuville est cité comme occupant le château. Un Jean « Vigier, seigneur de Neuville » est cité en 1508 échangeant des terres avec Jean de Gibertès.
Le dernier Vigier de Neuville, Antoine II, eut deux filles, l'aînée, Marguerite, grand-mère par mariage de Lascaris d'Urfé, évêque de Limoges, et la puînée, Marie, qui est l'arrière grand-mère par alliance de Fénelon.
En 1642, la propriété fut revendue par les Salignac de La Mothe-Fénelon à François II Dumas, qui devient seigneur de Neuville.
Vers 1653, il héberge pendant six mois en son château des troupes durant la Fronde. Le fief passe ensuite à la marquise de Conros, après 1725, et fut revendu la veille de la Révolution, en septembre 1788 par Élisabeth de Combarel de Bellegarde, veuve Conros, à Étienne De Meilhac, originaire de Saint-Privat.
En 1792, le couple de métayers qui demeurent “au château” y reçoivent le notaire du village et lui dictent leurs testaments respectifs.
En 1836, l'enclos du château appartient au notaire de la ville : Maître Jean Bros.
A son décès, en 1840, le domaine passe à son fils unique Pierre, notaire comme son père. Le patrimoine de ce dernier est partagé, de son vivant, en 1874, entre ses trois enfants : Amélie, Zoé et Ernest. Il semble que l'aînée reçoive une part importante de l'enclos que son fils vend, au début du XXiè siècle.
Aux alentours de 1942, les terres composant l'enclos du château sont entre les mains de trois propriétaires différents.
La tour s'effondre au grès des aléas climatiques : en 1919 puis dans les années 1930. Aujourd'hui, il faut un oeil averti pour entrevoir une muraille recouverte de lierre entre les arbres du bosquet qui a envahi les lieux. On devine toutefois le tertre sur lequel château, bâtiments annexes et basse cour prenait place.
Répartition des parcelles constituant les terres du château avec leur dénomination respective.
@ Archives départementales de la Corrèze.
L'église et la tour. @Archives départementales de la Corrèze - 5Fi/149/1.
Reste de la tour d'escalier du château au début du XXe siècle.